A la découverte de l’écosystème tech au Bénin : défis, enjeux et perspectives.

L’écosystème entrepreneurial tech africain en général et celui du Bénin en particulier sont confrontés à de nombreux défis qui entravent leur pleine émergence et leur expansion malgré les atouts existants.

A l’occasion de la visite de Rodrigue FOUAFOU au Bénin, un AFRO TECH TALK a été animé dans la soirée du 15 janvier 2020 à l’Espace Bleu de EtriLabs, le plus grand tech hub actuellement au Bénin. Cette séance d’échanges modérée par Eudes SONOUNAMETO a connu la participation de plusieurs panelistes jeunes, ténors de l’entrepreneuriat tech au Bénin. Ce sont Ulrich SOSSOU, CEO de Happierco, Co-fondateur de EtriLabs et TekXL; Arel ZANNOU, Président du Patronat des startups du Bénin, Co-Fondateur de DIS-MOI,DOC ; Rachael ORUMOR, Vice-Présidente de African ICT Foundation, Fondatrice de FemCODERS ROBOTICS; et Gloria AHONOUKOUN, Co-Manager du programme WHISPA.

L’auditoire composé d’une soixantaine de jeunes béninois venus de plusieurs localités du pays a été entretenu sur les atouts de l’écosystème tech béninois, les défis de cet écosystème, les atouts et importance de l’intelligence Artificielle pour les startups tech au Bénin, l’importance des startups afro tech dans le monde de demain et la nécessité d’intégrer les femmes aux startups.

Les atouts de l’écosystème tech béninois (Ulrich Sossou, CEO de HappierCo, Co-Fondateur de TEKXL et de EtriLabs)

Commençant par une brève narration de son histoire, celle d’un jeune qui a su saisir les opportunités disponibles au Bénin pour réussir sans forcément avoir eu besoin d’immigrer, Ulrich SOSSOU confirme que l’écosystème tech béninois dispose de véritables atouts capables de permettre son émergence. Au nombre des nombreux atouts, il évoque la stabilité économique du Bénin ainsi que la qualité du système éducatif béninois. Même s’il est décrié par la plupart, pour lui, le système éducatif béninois est déjà un véritable atout parce que le plus important pour faire évoluer les choses, ce n’est pas le financement, ni les infrastructures mais l’éducation. Il faudrait que nous soyons déjà fiers de ce nous avons comme système afin de créer des opportunités pour faire mieux.

La plus grande richesse actuelle des pays africains, c’est la jeunesse ; une richesse qui est gaspillée par la fuite de cerveaux. La plus grosse erreur à ne pas commettre est de quitter l’Afrique pour l’Occident car, selon lui, les opportunités en termes de croissance sont indéniablement en Afrique. En effet, il faudrait qu’on réalise que les pays du Nord sont en plein déclin parce que connaissant actuellement une saturation.

Il faudra aussi qu’on s’en convainque le plus tôt possible : la technologie spécialement le domaine des logiciels est celui dans lequel on devrait s’investir, s’atteler de plus en plus en Afrique.

Par ailleurs, en comparaison à la main d’œuvre en Europe, nous avons une plus grande main d’œuvre et un mode de vie moins chers en Afrique. C’est un atout dont il faudra prendre conscience.

Mais outre ces atouts, il existe de nombreux défis comme celui de pouvoir vendre nos produits à l’international auxquels il urge de trouver des solutions.

Les défis de l’écosystème tech béninois (Aurel ZANNOU, Président du Patronat des startups du Bénin, Co-Fondateur de DIS-MOI, Doc ?)

Aurel ZANNOU identifie trois défis majeurs de l’entrepreneuriat tech au Bénin que sont la faible culture de l’entrepreneuriat tech au Bénin, le défaut d’environnement favorable, le défaut de formation adaptée à la réalité.

En effet, force est de constater que très peu de personnes au Bénin pourraient choisir de se consacrer uniquement à l’entrepreneuriat. Le nombre deviendrait encore plus bas si l’on doit parler de l’entrepreneuriat tech. La plupart préférerait travailler dans la fonction publique ou dans une structure privée où, au moins, ils peuvent garantir l’assouvissement de leurs besoins. Cette situation pourrait s’expliquer par la faible consommation de la technologie par la population et le temps que peut prendre une idée entrepreneuriale tech avant d’être mise en place. Il faudra trouver un moyen d’aider la population à consommer la technologie et lui montrer l’importance de l’entrepreneuriat, émuler, motiver les gens à s’y intéresser.

En ce qui concerne le défaut d’un environnement favorable au rayonnement de l’écosystème entrepreneurial, en sa qualité de président du patronat des startups du Bénin, il a énoncé l’ambition du patronat qui est d’aboutir à la création d’un statut des startups, une loi légiférée par le législateur. Ce statut, qui présentera les avantages mais aussi les obligations des startups du Bénin, pourra favoriser un environnement plus adéquat à la pleine émergence de notre écosystème entrepreneurial tech. Cependant, cette idée bien que très appréciée a fait l’objet de controverse.

Par la suite, Il faudra que les jeunes soient formés pour affronter les réalités et les épreuves liées à l’entrepreneuriat. Il faudra aussi pour leur propre épanouissement qu’ils apprennent à ne pas se limiter à un seul pays dans les différentes solutions qu’ils offrent mais à avoir une vision beaucoup plus grande.

L’IA, atouts et importances pour les startups tech au Bénin (Rachael ORUMOR Vice-Présidente de ICT Foundation, Fondatrice de FemCODERS ROBOTICS)

L’Intelligence Artificielle (IA) est l’ensemble des théories et techniques constituées d’algorithmes permettant à des robots d’agir comme des hommes, d’être intelligents.  Elle permet, en effet, de créer des applications intelligentes. Partant de cette définition Rachael a partagé avec l’assistance ses expériences dans le domaine de l’AI et celui de l’autonomisation de la gent féminine. Pour elle, il existe un réel besoin de l’IA en Afrique surtout pour les startups mais également des défis circonstanciels comme le climat qui compromettent la bonne utilisation.

L’IA pourrait permettre par exemple aux startups qui ont plusieurs interfaces de factoriser ces interfaces et faciliter les dialogues. Cependant, il ne faut pas commettre l’erreur de vouloir une startup dans la robotique à l’état actuel des choses. Il est plus intéressant d’avoir sa startup et de sentir la nécessité d’utiliser l’IA pour résoudre ou alléger certains systèmes. Ce qui est évident, à un moment donné l’IA deviendrait nécessaire voire indispensable pour les startups.

Startups Afro Tech : Comment créer l’écosystème entrepreneuriat tech performant pour demain ? (Rodrigue FOUAFOU, Mister Africa)

Ingénieur logiciel de formation, Rodrigue FOUAFOU est un investisseur, mentor, un jeune très actif dans l’écosystème entrepreneuriat tech africain, ce qui lui a valu le surnom, Mister Africa.

Pour lui, pour avoir un écosystème performant dans les pays de l’Afrique, il est capital que le gouvernement crée le cadre et l’environnement favorable à l’épanouissement des startups. Quant à elles, Il leur faut :

  • Avoir une vision globale et très grande qui dépasse les limites de leur pays : c’est un point essentiel que les investisseurs apprécient avant de s’engager
  • Régler à travers leur solution un problème concret qui existe
  • Murir les idées avant de chercher les fonds et non l’inverse
  • Avoir une présence digitale (tout au moins un site web)
  • Collaborer entre acteurs de l’écosystème (ne pas toujours voir l’autre comme un compétiteur)
  • Savoir communiquer en anglais, la langue du business afin de pouvoir pitcher devant des partenaires anglophones
  • Apprendre à mieux présenter le business plan selon les standards internationaux, ce qui peut les aider à gagner plus d’investissement
  • S’entourer de mentors, des gens qui comprennent leur idée : à cet effet, il informa de la création d’un réseau de mentorat à travers la Chambre de Commerce de la Diaspora Africaine à travers le monde basée à Londres, UK http://diasporachambers.africa/.
  • Ne pas copier ce qui se fait ailleurs (Silicon Valley) mais innover car il n’y a que l’Afrique qui puisse offrir de nouvelles idées au monde actuellement.

Il réussit à imprimer sur l’assistance son optimisme en ce qui concerne l’émergence de l’écosystème tech africain. Pour lui, l’avenir du monde repose sur l’Afrique et il est crucial qu’on se mette ensemble gouvernants, jeunes, hommes et femmes de tous les pays du continent pour faire de grandes choses.

Les femmes dans l’espace des startups au Bénin (Gloria AHONOUKOUN, Co-Manager de WHISPA)

Les femmes devraient occuper une place de choix dans les startups béninoises selon Gloria Ahonoukoun car elles sont très créatives et notre écosystème a besoin de créativité.

Grâce au programme WHISPA (Women High Impact School Preparation Academy)  EtriLabs qu’elle co-manage, les femmes béninoises arrivent à se former dans divers domaines comme la programmation; le design et le marketing digital et sont initiés à l’entrepreneuriat innovant. Par conséquent, à la suite de leur formation, elles sont capables de créer leurs propres entreprises ou startups ou encore de travailler dans une startup de leurs choix.

Ce programme de formation gratuite est à sa cinquième promotion et reste donc une référence actuellement au Bénin compte tenu de la rigueur et du dynamisme qui y règnent. D’ici 5ans, ce programme aura formé une grande majorité des femmes présentes dans les startups tech du Bénin.

Suite aux réponses aux questions posées par l’auditoire présent, un cocktail marquant la fin de l’événement a été offert. Ce laps de temps a constitué un moment d’échanges et de réseautage pour les participants.

En résumé, la croissance et l’émergence de l’écosystème entrepreneurial tech sont devenus depuis quelques années des enjeux majeurs dans la plupart des pays africains. Au Bénin, malgré les défis qu’il faudra relever au plus tôt, il existe des atouts importants capables de favoriser un rayonnement de l’écosystème. Il faudra saisir les opportunités, collaborer entre acteurs et surtout associer les femmes. Bien qu’encore embryonnaire, l’écosystème entrepreneurial béninois a une vision claire de ce qu’elle veut devenir. Et c’est déjà là un bon début.

Amoni Bachola